C’était fin Juillet, au large des côtes Libyennes lors d’une marée de fin de nuit qu’ils ont entendu les cris désespérés. Une fois qu’il a pu y voir plus clair, le capitaine Carlo Giarratano a rapidement réalisé que la petite embarcation prenait l’eau, et que les 50 réfugiés à bord, sans carburant ni nourriture, avaient seulement quelques heures avant que leur radeau précaire soit totalement dégonflé. « Aucun être humain, marin ou pas, ne leur aurait tourné le dos »: en réfléchissant à la situation, Carlos a vite compris que « Si tu décides de traverser la mer dans des conditions pareilles, ça signifie que tu veux mourir. Ça veut dire que ce que tu laisses derrière toi est bien pire, c’est l’enfer. »1

Les pêcheurs italiens ont donné aux passagers transis le peu d’eau et de nourriture qu’ils avaient à bord et ont coordonné le sauvetage de leur bateau, qui a été ramené au port en Sicile. Pour ce geste d’humanité, Carlos risque une amende de 50 000 € ou même la prison, à cause du ministre de l’intérieur Mattéo Salvini qui a mis en place une interdiction de ramener des migrants à terre sans autorisation.2 Mais selon Carlo « Aucun marin ne serait capable de retourner au port sans la certitude d’avoir sauvé ces vies. Si j’avais ignoré ces appels à l’aide, je n’aurais jamais eu le courage de retourner en mer. »3 Pêcheur de père en fils depuis trois générations, il ne vit que par la solidarité des gens de mer : « en mer, la vie d’une autre personne a la même valeur que ta propre vie ».

Cependant, tous les bateaux de pêche ne suivent pas ces principes. Selon une enquête du Guardian « L’exploitation de travailleurs étrangers est un secret de polichinelle dans l’industrie de la pêche irlandaise » et, la pêche illégale ainsi que l’esclavage moderne ont mis en danger l’avenir de cette industrie »4 Dans le même temps, les Centre pour les Droits des Migrants en Irlande explique : « L’exploitation est une conséquence le pendant d’un environnement à haut risque : les longues heures et la fatigue affectent la capacité des travailleurs à réagir et à répondre à des situations dangereuses. Les insultes et le racisme de certains patrons indiquent que la sécurité et la vie des travailleurs migrants et celles des locaux n’ont pas la même valeur. »5

Comment comprendre les réalités diverses qui se trouvent à l’intersection entre pêche et immigration en Europe ? Cette première tentative entend chercher à comprendre les différentes interactions entre les personnes exilées et le secteur de la pêche, afin de contextualiser ces questions en fournissant un rapide état des lieu des changements structurels du secteur de la pêche en Europe, qui auraient un impact sur les questions suivantes : qui migre, qui pêche et dans quelles conditions ? Bien que cette première exploration ne puisse en aucun cas donner des réponses définitives à toutes ces questions, l’idée est cependant de mettre en lumière ces questions et les opportunités politiques à l’intersection entre pêche et migration en Europe, afin de poser une première pierre pour de futures recherches et actions collectives.6

Routes migratoires et exploitation dans le secteur de la pêche

Le changement constant des flux migratoires illustre l’évolution des opportunités, la pression de la pauvreté, la volonté de pouvoir proposer quelque chose de meilleur à ses proches. Ces changements ont été conditionnés par les politiques européennes, qui ont ouvert les zones de pêche ouest africaines à la surexploitation par des chalutiers étrangers, et en même temps militarisé l’espace océanique en externalisant le contrôle aux frontières.

Il semblerait que l’immigration illégale de l’Afrique vers l’Europe dans les années 70 ait eu lieu sur de grands chalutiers. Ceux qui pouvaient payer entre 2500 et 3000€ négociaient avec l’armateur du chalutier, afin d’être débarqué en Espagne à la fin de la saison de pêche, et d’autres demandaient de l’aide aux marins de ces chalutiers pour un prix moins élevé (500-1000€) afin d’être embarqué comme passager clandestin.7 D’autres encore prenaient les voies terrestres à travers le désert, pour arriver aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melila. Cependant, les flux migratoires ont changé au fur et à mesure des années, en réponses à l’augmentation des contrôles due à l’externalisation et à la militarisation des frontières européennes par Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières et des côtes, établie en 2004. De plus, les entrées en Europe via Ceuta ou Melila ont décliné suite à la forte médiatisation de la brutalité exercée à l’encontre des personnes exilées tentant de franchir la frontière, et à l’augmentation de la hauteur du grillage frontalier de 3 à 6 mètres. Ainsi, de nouvelles opportunités ont été identifiées de plus en plus loin sur les côtes ouest-africaines, à partir desquelles des bateaux pourraient transporter des personnes exilées jusqu’aux îles Canaries. La ville de Nouadhibou est d’abord devenue un pôle de transit, avant que des contrôles renforcés aux frontières repoussent les points de départ vers le Sud, d’abord à Saint-Louis au Sénégal, à M'bour, à Joal, en Casamance, et finalement en Guinée-Bissau.8 Selon le ministre de l’intérieur espagnol, en 2006, 31 678 réfugiés ont été arrêtés alors qu’ils accostaient les côtes des îles Canaries

'A partir de 2006, l’Union Européenne a commencé à sous-traiter la gestion de la sécurité de ses frontières à des pays de l’Afrique de l’Ouest, via des opérations coordonnées par Frontex, comme par exemple les opérations Hera (I, II et III) ayant pour objectif d’appréhender les réfugiés dès le début de leur périple. « Via cette coopération, des Etats européens comme le Portugal, l’Italie et l’Espagne ont fourni 2 hélicoptères, 2 navires et environ 10 bateaux de contrôle aux Etats suivants : Mauritanie, Sénégal, Gambie et Cap Vert »9 Alors que les contrôles s’intensifiaient, l’importance de cette route maritime vers l’Espagne a drastiquement diminué, et seuls 173 personnes exilées ont été arrêtées en 2012, sans compter les centaines voir les milliers de personnes qui n’ont pas survécu au voyage.10 A partir de ce moment, les routes migratoires méditerranéennes ont vu leur importance se renouveler : elles se sont diversifiées et leur ampleur a augmenté rapidement.'11

A partir de Septembre 2015, l’UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) estimait à plus de 487 000 le nombre d’arrivées par la mer [en Europe], et l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) en comptait 590 000. Les estimations de Frontex étaient bien plus grandes : 710 000, certainement parce que l’agence comptabilise toutes les détections de « franchissement illégal de la frontière » comme indicateur du nombre de personnes arrivant en Europe de manière irrégulière. Une personne exilée peut donc être comptée plus d’une fois, car nombreuses sont celles qui franchissent à plusieurs reprises les frontières entre des pays européens et non-européens, afin d’atteindre la destination voulue.12

La sécurité aux frontières n’est pas le seul élément externalisé par l’Union Européenne. L'effondrement des stocks dû à la surpêche des bateaux européens a aussi été exporté vers les côtes ouest-africaines. Les accords de pêche européens ont permis aux flottes industrielles européennes d’avoir accès aux eaux étrangères, en particulier dans les pays d’Afrique de l’Ouest, mettant une pression très forte sur les pêcheurs locaux. De nombreux pêcheurs artisans ne peuvent faire face à la compétition des chalutiers étrangers, qui surexploitent les ressources locales et participent à l’effondrement des stocks. L’effondrement des pêcheries ouest-africaines est un facteur clef des migrations. Or, nombreux sont ceux à ne jamais revenir de ces voyages dangereux à travers l’Atlantique ou la Méditerranée, à la recherche d’un travail et de solutions pour soutenir leur familles.

'Le taux de mortalité exact ne sera probablement jamais connu, car certains bateaux fragiles disparaissent sans laisser de trace ». Selon l’organisation « Unis pour l’action interculturelle », environ 17 000 personnes exilées sont mortes en mer entre 1993 et 2012. Le blog de Gabriele del Grande, Fortress Europe, documente 21 439 personnes mortes noyées depuis 1998. La base de données du « Fichier Migrants » compte plus de 28 000 personnes exilées mortes lors de leur trajet vers l’Europe depuis 2000.'13

Et pour ceux qui arrivent vivants en Europe, ils font face au racisme institutionnalisé, à la xénophobie, et à la menace d’être expulsés ce qui limite leur possibilité de vivre décemment. Un des secteurs en Europe qui emploie de plus en plus de travailleurs migrants est celui de la pêche industrielle. Ainsi, les industriels européens qui possèdent ces chalutiers travaillant au large de l’Afrique génèrent les conditions qui forcent les personnes à migrer et bénéficient de leurs conditions précaires en les exploitant sur leurs navires lors de leur arrivée en Europe. Ce circuit tragique et ironique est l’un des processus centraux qui structurent les intersections entre pêche et migration en Europe aujourd’hui. Un pêcheur décrit ainsi comment il a fondu en larme lorsqu’il a du retourner dans les eaux sénégalaises sur un bateau de pêche industriel, sans possibilité d’accoster pour rendre visite à sa famille, mais pour continuer le pillage qui avait causé son départ vers l’Europe.14

Bien sûr, tous les pêcheurs d’Afrique de l’Ouest ne migrent pas, les personnes qui migrent vers l’Europe le font pour des raisons très variées, et tous les travailleurs migrants qui travaillent dans le secteur de la pêche ne sont pas d’anciens pêcheurs. Par la suite, nous donnons une attention plus particulière aux migrants sénégalais afin d’explorer les nombreuses façons dont les personnes exilées sont aspirées dans ce circuit et comment les stratégies de reproduction sociale, incluant l’approvisionnement alimentaire, sont remodelées par ces processus.

Entretenir l’émigration sénégalaise

Au milieu d'un paysage d'inégalités, de guerres et de conflits, de violations des droits de l'homme et de multiples menaces à la survie humaine, pour des milliers de personnes, en particulier dans les pays du Sud, la migration vers l'Europe est considérée comme la meilleure, sinon la seule option. La Politique Commune des Pêches (PCP) de l’UE fait partie des facteurs qui initient ces flux migratoires. Les accords de pêche bilatéraux injustes inclus dans la politique européenne commune de la pêche permettent à l'UE de payer des sommes importantes pour convaincre les pays étrangers d'ouvrir leur Zone Economique Exclusive aux bateaux européens, dont la capacité de pêche est trop élevée pour exploiter durablement les stocks européens. « En 2009, 14 pays du Sud global ont reçu collectivement près de 150 millions d'euros pour la signature d'APPA [accords de partenariat de pêche durable], ce qui rend les contributions financières de l'UE substantielles : ce sont parfois les principales source de budget des ministères nationaux relatifs à la pêche. »15

Au Sénégal, par exemple, presque 20% de la main d’œuvre nationale est employée dans le secteur de la pêche, mais les revenus et les stocks de poissons ont été fortement impactés par les accords de pêche avec des flottes étrangères, incluant les accords de pêche avec l’UE ».16 Les accords de pêche formels entre l’UE et le Sénégal n’ont pas été renouvelés en 2006 à cause de l’état déplorable des ressources marines. « Cependant, depuis lors, un grand nombre de compagnies européennes se sont installées au Sénégal comme entreprises mixtes (joint ventures). Elles sont officiellement sénégalaises, sont considérées comme des entreprises de pêche sénégalaises, mais elles sont en fait une opportunité pour les flottes de pêche européennes, qui peuvent ainsi pêcher dans les eaux sénégalaises de manière informelle, et réserver leurs captures à l’export vers le marché Européen. »17

Le nombre de petites entreprises de pêche locales a diminué de 48% entre 1998 et 2008 du fait de la surexploitation par les flottes de pêche internationales, poussant les pêcheurs artisans à la faillite.18

'Après avoir constaté la diminution de leur pouvoir au sein de leur foyer, du fait de la diminution des captures de poisson, l’immigration et le soutien à l’immigration deviennent la stratégie privilégiée par les pêcheurs afin de conserver, regagner ou aspirer à des positions de chef de famille, de pourvoyeurs d’emploi ou de leaders politiques. La mer est donc imaginée comme un espace de possibilités qui permettrait de résoudre les problèmes qui se posent à terre pour les pêcheurs de l’Atlantique Sénégalais.'19

Suite à l’augmentation de la sécurité aux frontières de Ceuta et Melilla en 2005, de nouvelles routes migratoires en partance des côtes sénégalaises sont devenues plus populaires.

'Les pêcheurs sénégalais impliqués dans ces voyages étaient soit des pêcheurs hauturiers ayant parcouru les mers du globe et pouvant user de leurs compétences en navigation pour ces traversées maritimes ou des petits pêcheurs locaux qui voyaient dans ces traversées migratoires une stratégie pour faire face à la diminution des ressources marines dans les eaux locales.'20

Les pêcheurs ont embarqué sur ces bateaux dans l’espoir de pouvoir eux aussi migrer vers l’Europe via les Îles Canaries. Environ 38% des passagers étaient des pêcheurs.21

«La migration est une action collective. »22 qui fait partie des interactions humaines depuis des siècles, « elle résulte d’un changement social et affecte l'ensemble de la société. La migration par bateau prospère grâce à la mise en réseau : réseaux de réfugiés, familles et organisateurs, ainsi que réseaux de personnes immigrées installés dans le pays de destination.23 En effet, «ce sont souvent les femmes et leurs familles qui rendent possible le voyage des hommes en finançant leurs voyages, en les aidant à trouver un emploi et un logement à leur arrivée et en assumant les charges supplémentaires que les hommes laissent derrière eux. »24 La dégradation des moyens de subsistance des pêcheurs et les schémas de migration en constante évolution affectent non seulement les hommes exilés, mais aussi les familles entières et les structures familiales. Par exemple, une fois Omar installé en Europe, lui, sa partenaire Aida et la famille d’Aida ont planifié leur cérémonie de mariage. Mais comme il n'avait toujours pas obtenu le statut juridique lui permettant de voyager, il n'était pas physiquement présent à son propre mariage - chose de plus en plus courante dans les familles sénégalaises.

'Lorsqu'il est devenu un travailleur qualifié en 2008, Omar a commencé à travailler comme pêcheur dans les eaux européennes et à envoyer régulièrement de l’argent à sa famille. Depuis, il revient un mois, une fois par an. Aida travaillait comme coiffeuse dans le quartier, mais dès que la situation du couple s’est améliorée et qu’elle a eu un enfant, Omar lui a demandé de cesser de travailler et de rester à la maison pour prendre soin de la famille. En moyenne, il envoie 30 euros par mois à sa femme.'25

Créer de la précarité dans les pêcheries européennes

Lorsqu'on lui a demandé ce que c'était que d'arriver en Europe en tant que femme migrante noire africaine, Nicole Ngongala de l'Asociación Karibu a répondu: « Il pleut, vous avez un parapluie dans la main, vous êtes quand même mouillée. »26 La promesse d'opportunités, la possibilité de trouver du travail et d'envoyer du soutien à sa famille constituent le parapluie qui incite des milliers de personnes à risquer leur vie pour faire le voyage à la recherche d'un peu plus d'abri et de protection dans des moments tumultueux. A leur arrivée, beaucoup ne trouvent souvent qu’un parapluie criblé de trous par le racisme et l'exploitation, offrant très peu de protection voir pas du tout.

Pour de nombreux ressortissants européens, la protection offerte contre les risques et la précarité du secteur de la pêche est insuffisante. La pression et l'incertitude accrues parmi les pêcheurs, aggravées par des risques d’accidents en mer très élevés, poussent les jeunes européens à de ne pas continuer la pêche et à rompre avec les traditions familiales. Les obstacles réglementaires et financiers accrus pour obtenir les certificats de formation nécessaires et l’accès aux bateaux rendent l'entrée dans la pêche difficile. Des périodes de pêche strictement réglementées ou limitées poussent les pêcheurs à rester en mer de plus longues heures ou par mauvais temps afin de pêcher suffisamment pour gagner leur vie.27

Mais les ressortissants européens ont plus d'opportunités éducatives et professionnelles que leurs parents, et ainsi «le recrutement père-fils devient moins courant. »28

'Dans le même temps, l'image de l'emploi dans le secteur de la pêche s'est dégradée sous différents aspects : surexploitation des stocks ; difficultés pour construire de nouveaux bateaux ; sécurité en mer ; pratiquement aucun progrès en matière de qualité de vie ; augmentation de la concurrence internationale par les importations ; et manque de jeunes recrues. Ces éléments négatifs dissuadent les jeunes d'envisager une carrière dans la pêche.'29

Comme l'explique un jeune apprenti pêcheur belge, « Il est souvent impossible de savoir combien vous allez gagner. C'est pourquoi beaucoup de gens ne savent pas vraiment s'ils veulent le faire. Et aussi parce que c'est vraiment un travail difficile. Et beaucoup de gens ont des enfants et ils veulent pouvoir s’en occuper. »30 En effet, « aujourd’hui, ce sont les pêcheurs qui paient le prix des pressions économiques et environnementales croissantes dans le secteur de la pêche. Au cours des trois dernières décennies, la libéralisation, la concurrence déloyale et une réglementation inadéquate ont entraîné une dégradation des salaires et des conditions de travail des pêcheurs. »31 

Le nombre de pêcheurs en Europe a en effet diminué régulièrement au cours des dernières décennies. Les données sont variables mais « selon certains sources il y avait 258 000 pêcheurs dans l’UE sur la période 1996-1998, pour seulement 209 000 sur la période 2002-2003. Une autre source observe des statistiques variant de 189 000 à 120 000 sur la période 2002-2009. L’impact de la diminution des revenus sur l’emploi dans l’Europe des 27 a été partiellement compensée par les subventions. »32 En France, le recrutement est difficile sur les bateaux de taille intermédiaire.33 En effet, le déclin des stocks de poisson combiné avec l’augmentation de la demande des consommateurs en produits de la mer incite particulièrement les entreprises de pêche industrielle à diminuer les salaires pour compenser la diminution des captures et maximiser leur profit. 

'Étant donné que les coûts des navires, de la technologie et des assurances continuent d'augmenter, la volonté de réaliser des économies s'est concentrée sur la main-d'œuvre. Surtout dans la pêche hauturière, les grands conglomérats recrutent des pêcheurs dans certains des pays les plus pauvres du monde, ce qui a conduit à la croissance d'une main-d'œuvre migrante souvent rémunérée avec des contrats vagues ou inexistants.'34

Sur les grands navires qui restent en mer pendant des jours à pêcher dans des eaux lointaines, les propriétaires de bateaux embauchent des travailleurs en tant qu'employés plutôt que de les payer à la part, comme c'est le cas sur la majorité des bateaux. Selon Seafarers’s Rights International, c’est cette partie de l’industrie qui se tourne principalement vers la main-d’œuvre migrante.35 «Les migrants - y compris ceux en provenance de pays non membres de l'UE - sont souvent considérés comme la solution aux difficultés de recrutement dans la population locale qui considère parfois la pêche ou la transformation du poisson comme un travail faiblement rémunéré avec des conditions de travail désagréables. »36

La pêche a toujours été un métier dangereux. 

'Les pêcheurs ont plus de chance de perdre la vie au travail que dans toute autre profession, même les métiers dangereux comme le bâtiment et ou le travail dans les mines. Les informations fournies par les administrations des pêches et les organisations de pêcheurs indiquent que les taux de mortalité sont en augmentation. Au Royaume-Uni, où les règles de sécurité sont très strictes, les accidents mortels parmi les pêcheurs étaient 115 fois plus importants que pour l'ensemble de la main-d'œuvre sur la période 1996-2005. Alors que les taux de mortalité dans d'autres secteurs ont chuté au Royaume-Uni au cours de la période, ce n'était pas le cas dans la pêche. Aux États-Unis en 2000, le taux de mortalité au travail chez les pêcheurs était de 25 à 30 fois supérieur à la moyenne nationale.'37

Les pêcheurs migrants font quant à eux face à des niveaux de risques et de blessures encore plus élevés. « Par exemple, 75% des décès sur les navires de pêche britanniques en 2008 étaient des pêcheurs migrants d'Europe de l'Est ou des Philippines. Le taux de mortalité des personnes exilées originaires des Philippines est de 350 pour 100 000, soit un taux plus de trois fois supérieur au taux de 102 pour 100 000 de la population non migrante au Royaume-Uni. »38

Photo credit: Thibault Josse

Bien sûr, pour ceux qui finissent par travailler dans le secteur de la pêche en Europe de l’Ouest, les problèmes auxquels ils font face sont plutôt hétérogènes. Les pêcheurs non-locaux sont parfois très recherchés pour leurs excellentes qualités de marin. Certains réfugiés, qui travaillent dans des entreprises sensibles au problème des migrations, peuvent obtenir des conditions de vie et de travail confortables, même si la pêche reste un métier dangereux et difficile. Mais malheureusement, nombreux sont ceux qui finissent dans des entreprises de pêche qui profitent de leur statut de réfugié, en particulier quand ils sont dans des situations administratives irrégulières. Une variété de contrats et de mécanismes de travail abusifs permettent aux armateurs de compenser leurs pertes sur le dos de leurs travailleurs.

Le trafic d’êtres humains et des conditions de travail proches de l’esclavage sont aujourd’hui une réalité dans les pêcheries d’Europe de l’Ouest. Selon une enquête du Guardian, « certains armateurs et agences de recrutement font entrer clandestinement des travailleurs africains et philippins en Irlande via les points d’entrée des aéroports de London Heathrow et de Belfast, en contournant les contrôles. »39 Des pêcheurs interviewés par les Guardian expliquent que les agents de recrutements établissent des marchés à l’avance dans le pays d’origine du pêcheur, en leur prêtant de l’argent pour le passage et en leur facturant un visa, qui en fin de compte n’existe pas. Bien qu’on ne leur dise pas explicitement qu’ils finiront par travailler sans papiers lorsque les recruteurs leur promettent un travail en Europe, à leur arrivée les pêcheurs sont écrasés par la dette qu’ils doivent aux agents et « de nombreux travailleurs expliquent vivre dans la peur d’être expulsés, on leur demande de ne pas débarquer dans les ports car s’ils étaient repérés et arrêtés par la police, les armateurs auraient une amende. ».40 

La Fédération Internationale des Travailleurs du Transport (ITF), qui a mené campagne pour un changement réglementaire en Irlande41, a également dénoncé des pratiques similaires en Galice, en Espagne.42 Notre travail sur le terrain a révélé qu'en Bretagne, un propriétaire de bateau est bien connu pour confisquer les papiers des travailleurs migrants, afin de faire pression sur eux pour qu'ils acceptent les bas salaires. Ces situations piègent les pêcheurs migrants dans des conditions de travail abusives, et ils souffrent de la pression psychologique de leur employeur, du manque de sommeil, de conditions de travail dangereuses et du temps limité à terre, ce qui limite leurs possibilités de s'organiser ou même établir des contacts qui pourraient les aider à s'enfuir ou à demander de meilleures conditions de travail.

Une autre forme d’embauche dans le pays d’origine est celle des travailleurs détachés. Normalement, les lois du travail dont dépend un travailleur sont celles du pays où il réalise son activité. Cependant, il y a quelques exceptions dans l’Union Européenne : 

'1) les salariés employés par un employeur qui exerce normalement ses activités dans un État membre et qui sont détachés par cet employeur dans un autre État membre pour effectuer des travaux en son nom (article 12, paragraphe 1, du règlement de base), 2) les personnes qui exercent normalement une activité d'indépendant dans un État membre et qui exercent une activité similaire dans un autre État membre (article 12, paragraphe 2, du règlement de base); et 3) les personnes exerçant une activité salariée / indépendante dans deux ou plusieurs États membres (article 13 du règlement de base).'43

En pratique, cela permet à un travailleur employé dans un État membre de l'UE d'être détaché pour travailler temporairement dans un autre État membre. Cela signifie que le travailleur est soumis aux conditions d'emploi de son pays d'origine. En 2017, 2,8 millions de ces accords sur les travailleurs détachés ont été conclus. Les travailleurs de l'agriculture, de la chasse et de la pêche ne représentaient que 0,8% du total des travailleurs détachés, mais représentaient néanmoins quelques 10 972 travailleurs. En particulier, 6 911 étaient originaires de Pologne (63% des travailleurs détachés dans l'agriculture, la chasse et la pêche).44 Et dans le cas de la pêche française, notre travail de terrain indique que ces travailleurs sont embauchés par certaines entreprises de pêche industrielle afin de réduire les coûts et de payer des salaires inférieurs à ceux des pêcheurs français seraient en droit d’exiger. Nous avons également constaté que certains armateurs espagnols avaient acheté de vieux chalutiers français pour accéder aux quotas de pêche français, tout en employant des travailleurs détachés pour des faibles salaires, afin de maximiser leur retour sur investissement. Mises bout à bout, ces pratiques révèlent la façon dont certains propriétaires de bateaux tirent parti de la mobilité du capital et de la main-d'œuvre au sein de l'UE pour augmenter leurs bénéfices. La Commission européenne a décrit ce phénomène comme un « dumping social », une situation où « les prestataires de services étrangers peuvent saper les prestataires de services locaux parce que leurs normes de travail sont moins exigeantes. »45

Enfin, bien qu'il n'existe pas de données fiables sur la main-d'œuvre migrante légalement employée dans le secteur de la pêche dans les États membres de l'UE, l'étude de la Commission européenne de 2016 tente de compiler les sources de données existantes.

'Les auteurs affirment qu’au total, 19 000 travailleurs non locaux [sont] légalement employés dans le secteur de la pêche de l'UE, ce qui représente 5,6% de tous les emplois. Au niveau des États membres, la main-d'œuvre non locale était concentrée au Royaume-Uni, en France et en Espagne - 49,9% de tous les travailleurs non-locaux du secteur de la pêche dans l'UE sont employés dans ces trois États membres uniquement. La main-d'œuvre non locale est presque inexistante dans de nombreux États membres d'Europe orientale (Pologne, Bulgarie et Roumanie).'46

Une grande partie de cette main-d'œuvre est constituée de travailleurs se déplaçant entre les pays de l'UE, comme c'est le cas pour 86,1% des travailleurs non locaux en France par exemple. Cependant, des pays comme l'Espagne et le Portugal comptent beaucoup plus sur les travailleurs non locaux venant de l'extérieur de l'UE, comme le montre le tableau ci-dessous. 

Proportion de travailleurs UE et des travailleurs non-UE au sein de la main d’œuvre non-locale (2013). 

Total des travailleurs non locaux %EU%non-EU
Espagne388727,2%72,8%
France*155286,1%13,9%
Danemark 87160,2%39,8%
Allemagne79968,8%31,2%
Portugal39032,4%67,6%
Finlande18982,0%18,0%
Estonie*8562,4%37,6%
Chypre**4270,8%29,2%
Croatie**2844,0%56,0%

* Ces données ne comptabilisent pas l’aquaculture, car il n’y a pas de données disponibles qui séparent UE et non-UE pour les autres sous-secteurs 

** pourcentages calculés en utilisant Census, 2011, comme seul source disponible 

Source: MRAG Ltd, Coffey and AND International, 2016: 19

Dans de nombreux cas, la diversité ethnique au sein des flottes de pêche européennes est une opportunité d'échange culturel à bord et de renouvellement générationnel dans un secteur délaissé par de nombreux jeunes locaux. Notre travail de terrain suggère néanmoins que sur certains bateaux, les travailleurs racisés, malgré leurs permis de travail, sont confrontés au racisme et à la discrimination en mer, ce qui peut rendre insupportables des conditions de travail déjà difficiles. Comme l'expliquent certains pêcheurs sénégalais travaillant sur de gros chalutiers en Bretagne, ils sont victimes d'intimidation en mer, en raison du racisme de certains membres d'équipage blancs. Cela peut les mener à la dépression et créer des tensions au sein de l'équipage. Certains pêcheurs migrants expliquent que c'est la raison pour laquelle ils quittent un bateau ou une entreprise, dans l’espoir de  trouver un endroit où ils se sentiront plus acceptés, même si trouver un autre emploi est assez difficile pour eux.

Les réfugiés cherchent à survivre en Europe

Pour de nombreux migrants qui arrivent à rejoindre l’Europe, continuer à pêcher n’est pas toujours une option. Un exemple flagrant de cette trajectoire est celui des vendeurs à la sauvette de Barcelone, connus sous le nom de « Manteros ». Du fait de l’impact des pêcheries européennes sur les ressources marines sénégalaises, une proportion importante des vendeurs à la sauvette sont d’anciens pêcheurs sénégalais, qui essayent désormais de gagner leur vie en vendant des habits, des sacs, des chaussures, etc, dans les zones touristiques et à côté du port Vell, qui est maintenant un quartier gentrifié de Barcelone. Malgré cela, ils sont souvent criminalisés par la police et par les habitants locaux à cause de leur activité informelle de vente à la sauvette. La municipalité de Barcelone a essayé d’améliorer la situation des vendeurs à la sauvette et d’accueillir les réfugiés, mais jusqu’à maintenant aucune solution réelle n’a été trouvée.

En 2015, afin de lutter contre la précarité et la stigmatisation auxquelles ils sont confrontés à Barcelone, la communauté sénégalaise des vendeurs de rue a formé une coopérative, appelée « Sindicato Popular de Vendedores Ambulantes, » communément appelé « Sindicato de Manteros » (Union des Manteros). Un an plus tard, ils ont créé leur propre marque, « Top Manta » et ont commencé à vendre leurs propres t-shirts et sweat-shirts sous la la marque de la coopérative, dans un vieux local du quartier du Raval. Suite à la création de la coopérative, de nombreux mouvements sociaux ont prêté attention à leur lutte et ont tenté de les soutenir. Le « Sindicato de Manteros » a ainsi participé à de nombreuses assemblées, événements, ateliers de cuisine afin d'expliquer l’histoire et les combats des vendeurs à la sauvette, ce qui a ouvert la voie à de nouvelles alliances avec d'autres collectifs et mouvements. Lors d'une de ces rencontres, d'anciens pêcheurs et membres du collectif ont participé à la « réunion sur la souveraineté alimentaire et la petite pêche artisanale » à Barcelone, organisée en juin 2019. Cet évènement a été un point important pour que les personnes de différents mouvements de souveraineté alimentaire puissent comprendre la lutte des membres du « Syndicat des Manteros », afin rendre leur situation plus visible et d’établir des alliances. Dans le contexte de la crise du coronavirus, le syndicat a organisé une collecte de nourriture et de dons, afin de distribuer des vivres aux familles migrantes dans le besoin. Les membres du Syndicat sont toujours victimes de harcèlement de la part de la police qui menace de leur infliger une amende pouvant aller jusqu'à 60 000 euros, simplement parce qu’ils ont assuré la sécurité alimentaire basique de plus de 300 des familles les plus vulnérables de la ville.47

Alors que certains réfugiés doivent quitter ou prendre un emploi formel dans le secteur de la pêche, de nombreux migrants utilisent des méthodes de pêche récréative comme moyen de subvenir à une partie des apports protéiques de leur famille ou de leur communauté. En France par exemple, la pêche récréative est légale et importante pour de nombreuses familles qui souffrent des politiques d'immigration racistes et de l'exclusion sociale et économique. À Douarnenez, en Bretagne, l'utilisation de la pêche récréative comme moyen de subsistance pour nourrir sa famille est très répandue parmi les populations immigrées des villes voisines. Le soi-disant « Quai de la honte » attire les habitants, mais aussi les communautés africaines, asiatiques et tsiganes qui convergent en masse pour pêcher le maquereau ou le calmar. Surtout en été et en automne, lors de la saison de pêche de ces espèces, le quai est rempli de pêcheurs au coude à coude, et on peut observer des centaines de personnes qui pêchent. L'équipement va des cannes coûteuses aux simples lignes à main. Récemment, des conflits ont émergé entre ces « pêcheurs récréatifs » et certains pêcheurs professionnels de Douarnenez, et la municipalité veut interdire tout accès récréatif au « quai de la Honte » afin d’éviter les conflits. Cette criminalisation de la pêche récréative aurait un impact significatif sur les familles qui en dépendent pour leur subsistance. La pêche sur cette jetée est une activité sociale animée, considérée comme un moyen pour les communautés de se rencontrer et de se soutenir mutuellement. Si cette interdiction se concrétisait, la valeur interculturelle de ce quai de Douarnenez serait perdue. Ce type d'interdiction pourrait également alimenter les divisions et les personnes issues de l’immigration pourraient être prises comme boucs émissaires pour avoir soi-disant déclenché la fermeture de la jetée. Consciente de cela, la population locale a organisé un mouvement pour défendre « le droit de pêcher pour tout le monde » et réclamer un accès universel à la jetée.

Les pêcheurs artisans des côtes françaises française s'emploient également à créer un accès à la pêche pour les jeunes réfugiés, en mettant l'accent sur des conditions de travail décentes et en soutenant les certificats de formation nécessaires. À Saint Jean de Luz, au Pays basque français, une patron pêcheuse en retraite est impliquée dans les mouvements de petits pêcheurs est désormais retraitée et impliquée dans des organisations de soutien aux réfugiés. Lorsqu'un jeune homme a manifesté de l'intérêt pour le secteur de la pêche, elle a décidé de demander à ses anciens collègues de le prendre à bord afin qu'il puisse découvrir ce qu'est la pêche. Le pêcheur français qui l’a pris à bord témoigne : «Quand il nous a raconté son histoire et la façon dont il a dû traverser la mer Méditerranée en voyant ses amis mourir, nous avons réalisé à quel point nous étions chanceux. C’est clair que nous devrions aider ces gens à être sauvés en mer et à avoir de bonnes conditions de vie après. » Ce jeune homme étudie actuellement au lycée maritime Ciboure, afin de partir en mer dans les meilleurs délais, ce qui lui assurerait des conditions de vie décentes.

L’émergence de solidarités et d’actions collectives au sein du secteur de la pêche ?

Comme expliqué dans l'introduction, les pêcheurs siciliens aident actuellement les réfugiés en Méditerranée. Mais ces pêcheurs et les ONG organisant des opérations de sauvetage en Méditerranée sont constamment criminalisés par ce que la société civile appelle «la forteresse Europe», la force de répression de l'Union européenne. L’UE finance et entraine les garde-côtes libyens ou les milices locales pour empêcher les migrants de rentrer en Europe en les renvoyant en Libye. « Aujourd'hui, la solidarité avec les migrants est un crime. Sauvez les gens de la noyade dans les eaux froides et vous êtes un trafiquant d'êtres humains. » explique un pêcheur.48

En raison de ce climat politique et de leurs conditions de vie précaires, les réfugiés peinent souvent à s'organiser politiquement et sont pour la plupart piégés dans le paternalisme de certaines organisations caritatives. Cependant, 2019 a vu la création du collectif « Les Gilets Noirs » (« Gilets noirs », en référence aux Gilets jaunes, autre mouvement social français). Ce collectif a organisé des actions massives à Paris pour défendre les droits des réfugiés demandeurs d'asile, avec le slogan « droits et papiers pour tous ».

Parallèlement, les pêcheurs ont souvent du mal à s'organiser eux aussi, comme en témoigne la diminution du nombre de membres de leurs organisations, et le faible nombre de votants lors des élections de représentants. Le renouvellement générationnel et le recrutement dans le secteur est un enjeu clé. Ainsi, la crise des réfugiés et le soutien que les pêcheurs peuvent apporter aux migrants pourraient être l'occasion pour les pêcheurs et les réfugiés d'apprendre les uns des autres et de renforcer leurs mobilisations politiques respectives - ce qui sera de plus en plus nécessaire pour contrer des politiques qui menacent la pêche artisanale et criminalisent les réfugiés.

Étant donné que l'espace pour sauver des vies en mer se rétracte actuellement en raison d'un large discours d'extrême droite au sein de l'Union européenne, le rôle des pêcheurs dans ces moments peut être crucial. Et malgré des mesures généralisées visant à criminaliser les efforts de sauvetage et de solidarité, une action autonome et collective émerge. Comme témoigne un pêcheur sicilien : « Lorsque les réfugiés ont été en sécurité à bord du navire des garde-côtes, ils se sont tous tournés vers nous dans un geste de gratitude, la main sur le cœur. C’est l’image que je garderai avec moi pour le reste de ma vie, et qui me permettra de faire face à la mer tous les jours sans avoir de regret. »49

Photo credit: Joanna Chichelnitzky (Fotomovimiento)

à propos des auteurs

Zoe W. Brent

Zoe est chercheuse au sein de l'équipe "Justice Agraire" du TNI, où elle travaille sur des questions relatives à l'alimentation, au foncier et à la politique des pêches. Elle est titulaire d'un master en relations internationales de l'Universidad del Salvador à Buenos Aires en Argentine. Actuellement, elle poursuit son doctorat en co-tutelle entre l'Institut International d'études sociales (ISS) aux Pays-Bas et l'Université de Cordoue en Espagne, où ses recherches se concentrent sur l'accès aux terres, le renouvellement générationnel dans l'agriculture et la souveraineté alimentaire dans le Nord Global.

 

 

Thibault Josse

Thibault est le chargé de mission de l'Association Pleine Mer, un collectif de pêcheurs et de mangeurs de poisson oeuvrant ensemble pour une pêche locale, équitable et durable, via le développement et la mise en valeur des circuits courts dans la filière pêche. Ingénieur agro-halieute de formation, il travaille aux côtés des communautés littorales en France et dans le du Sud Global, pour plus de justice sociale et environnementale.

 

Notes

1Lorenzo Tondo, “les pêcheurs italiens risquent la prison pour secourir les réfugiés : ‘aucun humain ne tournerait le dos’” The Guardian, 3 Août  2019, sec. Nouvelles du monde, https://www.theguardian.com/world/2019/aug/03/sicilian-fishermen-risk-prison-to-rescue-migrants-off-libya-italy-salvini.

Lorenzo Tondo, “L’italie adopte un décret qui permettrait d’infliger des amendes de 50 000€ à ceux qui sauvent les réfugiés” The Guardian, 15 Juin 2019, sec. Nouvelles du monde https://www.theguardian.com/world/2019/jun/15/italy-adopts-decree-that-could-fine-migrant-rescue-ngo-aid-up-to-50000.

Tondo, “les pêcheurs italiens risquent la prison pour secourir les réfugiés”

Felicity Lawrence et al., “Traffics de d’êtres humains et de réfugiés dans l’industrie de la pêche irlandais” The Guardian, 2 Novembre 2, sec. Développement global, https://www.theguardian.com/global-development/2015/nov/02/revealed-trafficked-migrant-workers-abused-in-irish-fishing-industry.

MRCI, “L’exploitation des travailleurs migrants dans l’industrie de la pêche irlandais” (Centre pour les droits des migrants, Irelande, 2017), 10, https://www.mrci.ie/app/uploads/2020/01/MRCI-FISHER-REPORT-Dec-2017-2KB.pdf.

En plus d’établir une revue de littérature sur le sujet, ce court article se base sur un travail de terrain, et en particulier d’interviews avec des pêcheurs, des personnes exilées, et des personnes travaillant dans des institutions publiques relatives à la gouvernance de l’océan, en Espagne, en France, en Grèce, de 2018 à 2019. Ces réflexions ont aussi été nourries par des embarquements sur des bateaux, à la petite pêche, à la pêche côtière et à la pêche hauturière, avec des travailleurs migrants et des travailleurs non migrants. Enfin, cet article est aussi le fruit d’un travail avec des organisations soutenant les personnes exilées à Paris et à Athènes.

H. Nyamnjoh, “Nous n’obtenons plus rien de la pêche : la pêche à l’embarquement au sein des migrants sénégalais” (Cameroon and The Netherlands: African Studies Centre and Langaa Publishers, 2010), 29–30, https://openaccess.leidenuniv.nl/handle/1887/22174.

Nyamnjoh, 2010 cité dans Juliette Hallaire, “La construction des geographies maritimes : la mobilité pragmatique des pêcheurs sénégalais ” (PhD, Keele University, 2015), 181.

9 Hallaire, 183.

10 Hallaire, 182.

11 Clare Cummings et al., “Pourquoi les gens se déplacent : comprendre les déclencheurs et les tendances des migrations en Europe” (London: Overseas Development Institute, 2015), 18.

12 Cummings et al., 18.

13 Heidrun Friese, “Thalassographies du depart, du désastre et du sauvetage : pêcheurs et mobilité non déclarée” Etnofoor 27, no. 1 (2015): 21.

14 Notes d’entretien, 21 juin 2019, Barcelone.

15 Elyse Mills et al., “Les accords de pêche de l’UE : du poisson bon marché mais à quel prix ?” Brève politique (Amsterdam, Copenhagen et Cape Town: Masifundise, Afrika Kontakt, Transnational Institute (TNI), Novembre 2017), 5. 

16 Mills et al., 9; voir aussi  https://www.worldfishing.net/news101/regional-focus/senegal#:~:text=Employment%20in%20fisheries%20provides%20income,protein%20consumed%20in%20the%20country. 

17 Julliete Hallaire, «Migration maritime du Sénégal vers l’Espagne: les expériences des pêcheurs», dans EurAfrican Borders and MIgration Management. Cultures politiques, espaces contestés et vies ordinaires, éd. Paolo Gaibazzi, Stephan Dunnwald et Alice Bellagamba, Palgrave Series in African Borderlands Studies (Palgrave Macmillan US, 2017), 228.

18 Mills et al., “Les accords de pêche de l’UE : du poisson bon marché mais à quel prix ?” 9.

19 Juliette Hallaire et Deirdre McKay, "Soutenir les moyens de subsistance: mobilité et gouvernance dans l'Atlantique sénégalais", dans Water Worlds: Human Geographies of the Ocean, ed. Kimberley Peters et Jon Anderson (Londres: Routledge, 2014), 136, https://www.researchgate.net/profile/Deirdre_Mckay/publication/289810727_Sustaining_livelihoods_Mobility_and_governance_in_the_Senegalese_Atlantic/links/57e8343208aed7fe466bd1b4/Sustaining-livelihoods-Mobility-and-governance-in-the-Senegalese-Atlantic.pdf.

20 Hallaire, “La construction des geographies maritimes : la mobilité pragmatique des pêcheurs sénégalais” 178. 

21 Hallaire, 179.

22 Nyamnjoh, “Nous n’obtenons rien de la pêche” 4–5.

23 Nyamnjoh, “Nous n’obtenons rien de la pêche” 4–5.

24 Laura Dean, «Pour les femmes laissées pour compte au Sénégal, l'exode vers l'Europe apporte des récompenses, des risques et des regrets», The Globe and Mail, 28 mai 2017, https://www.theglobeandmail.com/news/world/senegal-women-migrants-europe/article35111369/.

25 Hallaire, 215–16.

26 Présentation de Nicole Ngongala lors d'un panel lors de la conférence: «Vidas que Cruzan fronteras», Bilbao, 3-4 octobre 2019.

27 I. M Kaplan et H. L Kite-Powell, «Sécurité en mer et gestion des pêches : Attitudes des pêcheurs et besoin de cogestion», Politique maritime 24, no. 6 (1er novembre 2000): 495, https://doi.org/10.1016/S0308-597X(00)00026-9.

28 Cornwall Rural Community Charity et Rose Regeneration, «Pêcher pour un futur. Une analyse des besoins, des défis et des opportunités dans les communautés de pêche britanniques » (UK: Seafarers UK, 2018), 27, https://www.seafarers.uk/wp-content/uploads/2018/06/Seafarers-UK-Fishing-For-a-Future-Report.pdf.

29 Patrick Franklin, «Stratégies de recrutement innovantes dans le secteur de la pêche» (Royaume-Uni: Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, 2007), 21, https://www.eurofound.europa.eu/sites/default/files/ef_files/pubdocs/2007/531/en/1/ef07531en.pdf.

30 Denis Loctier, «Lutte familiale dans la pêche alors que la nouvelle génération jette le filet plus loin», Euronews, 21 janvier 2020, en partenariat avec l'édition de la Commission européenne, sec. knowledge_science_technology, https://www.euronews.com/2020/01/21/family-run-fisheries-struggle-as-new-generation-casts-net-wider.

31 https://seafarersrights.org/seafarers-subjects/fishers-and-plunders/accident-statistics/

32 Rupert Crilly et Aniol Esteban, «Métiers perdus en mer» (Londres: New Economics Foundation, 2012), 2,

https://b.3cdn.net/nefoundation/e966d4ce355b7485c1_a7m6brn5t.pdf.

33 Patrick Franklin, «Stratégies de recrutement innovantes dans le secteur de la pêche» (Royaume-Uni: Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, 2007), 21, https://www.eurofound.europa.eu/sites/default/files/ef_files/pubdocs/2007/531/en/1/ef07531en.pdf.

34  https://seafarersrights.org/seafarers-subjects/fishers-and-plunders/why-are-fishers-such-a-vulnerable-workforce/

35 Lawrence et al., “Révélé”; https://seafarersrights.org/seafarers-subjects/fishers-and-plunders/accident-statistics/

36 Cornwall Rural Community Charity and Rose Regeneration, «Pêcher pour un futur. Une analyse des besoins, des défis et des opportunités dans les communautés de pêche britanniques », 27.

37 https://seafarersrights.org/seafarers-subjects/fishers-and-plunders/accident-statistics/

38 https://seafarersrights.org/seafarers-subjects/fishers-and-plunders/accident-statistics/

39 Lawrence et al., “Revealed.”

40 Lawrence et al.

41 See: https://justiceforfishers.org/ireland/

42 Natalia Valiño, «des marins pas chers», El País, 2 octobre 2007, sec. Galice, https://elpais.com/diario/2007/10/02/galicia/1191320305_850215.html.

43 Frédéric De Wispelaere et Jozef Pacolet, «Détachement de travailleurs. Report on A1 Portable Documents Issued in 2017 », Network Statistics FMSSFE (Bruxelles: Commission européenne et HIVA KU Leuven, 2018), 8, https://www.etk.fi/wp-content/uploads/Komissio-tilastoraportti-Posting-of-workers-2017.pdf.

44 De Wispelaere et Pacolet, 51–52.

45 Monika Kiss, “Comprendre le dumping social dans l'Union européenne », EPRS: Service de recherche du Parlement européen (Parlement européen, mars 2017), 2, https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2017/599353/EPRS_BRI(2017)599353_EN.pdf.

46 MRAG Ltd, Coffey et AND International, Étude sur l'emploi de la main-d'œuvre non locale dans le secteur de la pêche (Luxembourg: Commission européenne, 2016), xv.

47 https://www.elsaltodiario.com/coronavirus/multan-60.000-euros-red-apoyo-mutuo-antirracista-reparte-comida-migrantes-barcelona

48 Maccanico et al., «Le rétrécissement de l'espace pour la solidarité avec les migrants et les réfugiés: comment l'Union européenne et les États membres ciblent et criminalisent les défenseurs des droits des personnes migrantes», 6.

49Tondo, « les pêcheurs italiens risquent la prison pour secourir les réfugiés »